J’invite mon histoire dans mes photos. Mon corps dans mes photos. Les autres dans mes photos. Je mélange ces ingrédients pour en extraire le jus de la poire. Je revisite ma forme, mes amis, ma famille, des gens, leurs appartements, leurs bureaux, leurs terrasses. Accrochée à ma poire, je rentre dans le cadre pour vivre un moment unique et fulgurant en compagnie d’un homme, d’une femme, d’un groupe de personnes, moment qui a pour seule trace le cliché. Je provoque une émotion, une sensation, une erreur, une incompréhension qui vient percuter ma mise en scène. Je presse la poire. Ces rendez-vous fixés à l’avance, organisés et agencés sont bousculés par un regard, un geste, une maladresse. Le fil du déclencheur est la laisse visible qui m’attache à la matérialité de la prise de vue. Poire après poire, je décale mon histoire fragile intimement liée à ceux qui la croisent. Numérotées et datées, mes images prétendent être un album de photos trafiqué, un reportage biaisé de mon existence. La prise de vue devient un espace photographique tangible et mesurable dans lequel je peux évoluer et ressentir en toute incompréhension et maîtrise. |